Cette tentative d'édulcorer sa vie...
(comme Jackson voulut le faire de son physique, évacuer la noirceur, la virilité, la vieillesse....) est douteuse.
Comme l'a dit si bien Obama, sa vie fut
tragique.
Elle traduit à l'instar d'autres idoles,
issues souvent de milieux très pauvres (comme Presley et Monroe), la force de l'entertainement US à l'échelle industrielle, mondiale et sa mythologie cannibale.
L'Amérique (le système) broie ses enfants
(c'est bien connu), les plus talentueux et les plus vulnérables, surtout.
Un chanteur noir...
Oui Jackson gommait l'origine de sa souffrance
par ses nombreuses opérations esthétiques ! Mais l'explication de ce comportement n'est pas exclusivement familiale (réduction apolitique) : ses biographes affirmant qu'il ne
voulait pas ressembler au père honni.
Elle est aussi (hélas) raciale, donc plus collective, aux racines plus profondes. Dans cette difficulté qu'a toujours eu l'Amérique
blanche d'assumer sa part nègre, même au sein de la musique, ou son apport fût pourtant essentiel.
A part la country aux USA, la musique
(blues, jazz, rock, funk, soul, rap, hip-hop) est noire, voire métisse, toujours colorée.
Avec Mickael, la boucle est bouclée. On avait
grimé les blancs en noirs avec le chanteur de jazz (premier film sur leur musique), on avait fait chanté un blanc comme un noir (Elvis), on célèbre un chanteur noir, roi du clip-pop qui se blanchit au fur et
à mesure de son succès.
Du Peter Pan ebony au déviant !
Oui Jackson courrait après son enfance volée
par un père tyrannique qui l'éleva dans la violence et la maltraitance. Il s'agissait de réussir coûte que coûte pour des noirs issus de la classe ouvrière. La musique étant la voie la
plus évidente avec le sport. Donc pas de cadeaux pour ses petites bêtes de scène, devenues vedettes très tôt. On avançait à coups de triques, de travail intensif, de
tournées harassantes, loin
de l'imagerie donnée d'une famille heureuse,
talentueuse et cool.
Alors, après le succès bien mérité, c'est le
complexe de Peter Pan, on recherche et recrée cette enfance et cette adolescence perdues, en fait jamais vécues, son insouciance dans le Nerverland et la dépense somptueuse,
l'absence de limites. Une sociabilité quasi exclusive avec des enfants et des adolescents, comme un bain de jouvence, un miroir tronqué. Et l'on peut passer de la tendresse à l'amour,
voire à plus dans ce
flottement, où l'on ne veut pas être adulte, on
ne sait plus qui l'on est. La première histoire laissera toujours planer le doute sur la nature de sa relation avec ce pré-adolescent ami. Quelques preuves, une plainte abandonnée pour plus de 20
millions de $, un procès même difficile comme ce fut le cas pour la deuxième affaire aurait effacé tout soupçon.
On peut y voir aussi le visage inquiétant de
l'Amérique inquisitoriale mue par le puritanisme et l'homophobie, un des détectives donnait l'exemple de la relation d'Oscar Wilde et de Bossie, et du procès retentissant qui suivit.
Si dans l'Angleterre victorienne l'homosexualité était un délit, elle ne l'est pas en Californie, seule la pédophilie
l'est. Et l'on ne peut pas comparer une
relation entre deux adultes consentants et celle entre un majeur et un mineur. Amalgame révélateur.
Devenir éternel, c'est rester
jeune.
Caisson à oxygène habilement mise en scène,
lissage des traits, silhouette gracile... Comment être le symbole de la beauté adolescente, de la vitalité de la jeunesse, et s'empâter, se rider ?
On ne peut pas être jeune tout le temps, après
50 ans cela devient obscène, tragique, ridicule ?
Jackson est notre névrose, celle de la société
du spectacle et son refus de vieillir . Avec toutes ses vedettes botoxées et liftées aux masques figés. Cet acharnement chirugical ne fait que croître au sein de l'élite médiatique,
condamnée à partir d'un certain âge, à la représentation d'épouvante.
Enfin, derrière le show, l'argent, l'argent encore et toujours.
C'est la raison de son retour sur scène ; mais en était t'il encore capable, en avait t'il vraiment envie? La moindre petite contre-performance aurait été
terrible. Vécue
comme une mise à mort, le révélateur possible de son déclin artistique. A t'on le droit de ne plus être une étoile au firmament ? Impossible pour ce narcisse blessé. Mais il faut
bien payer la facture.
Car s'il fut le premier à en profiter financièrement, d'autres aussi en ont bénéficié (Michael Jackson aurait du être sous tutelle depuis longtemps). Les proches, les
médecins, les médias, les promoteurs, les antiquaires, les banquiers, l'industrie musicale, les charmantes
têtes blondes. Donc un succès phénoménal, une vie privée pourrie et étrange, un doute sur sa culpabilité, une montagne de dollars et de dettes, un génie du show partant en vrille,
devant le regard effaré du monde et de ses fans éplorés. On est loin d'un bambi isolé dans un monde de brutes. C'est bien le monde d'aujourd'hui, délirant, idolâtre, tragique et kitch que Michael
illustre.
Un monde dont un pas de moonwalk, et des tubes à foison ne peuvent effacer hélas toutes les turpitudes.